Presse

GERALDINE CASTELAIN - Interview de Valérie Baheux pour "lerideau.fr" On n’y a pas été, et pour cause. Pas d’exposition dédiée à Géraldine Castelain. Pas encore… Et pourtant, le moins qu’on puisse dire est que ce peintre d’origine franco-luxembourgeoise s’expose ! Un peuple de silhouettes surgit. Exsangues, diaphanes, portant les cicatrices d’on ne sait quel chemin de vie. Des silhouettes portées depuis des années par ce petit bout de femme sympathique, souriante, et bien décidée à en découdre avec la planète Terre : Géraldine Castelain, peintre. On l’a découverte, on lui a trouvé un petit quelque chose de Munch et un grand quelque chose d’artiste. Bref, On a aimé. ➢ Géraldine Castelain, ton actu c’est ? Mon blog ! (http://geraldinecastelain.blogspot.com/ , NDLR) ➢ Qui es-tu ? Un peintre ? Qui je suis ou est-ce que je suis peintre … ? La question n’est pas la même. Je suis une femme des années 2000 qui a besoin d’observer ce qui se passe autour d’elle. Mais je suis aussi une artiste et le monde qui vit autour de moi me touche particulièrement. C’est ce que j’ai besoin d’exprimer dans ma peinture. Alors… est-ce que je suis un peintre … ? (rires)… Oui ! Oui, de fait. ➢ Formée aux Beaux Arts, tout de même… J’ai fait les Beaux Arts… et je me suis sauvée au bout de deux années parce que j’avais beaucoup de mal à affronter et le regard des autres et le mode de compétition que j’y ai trouvé. En fait c'est propre à l’époque dans laquelle on vit : une époque où le regard est individualiste, critique –au mauvais sens du terme. Cette compétition m’a été et m’est particulièrement pénible parce que je ne lui trouve aucun sens. L’art ne doit pas être une compétition ; l’art c’est du sentiment, du don, du plaisir… c’est une réflexion aussi mais certainement pas une compétition. ➢ On peut dire qu’aujourd’hui tu sors de l’ombre ? Le regard des autres est moins difficile ? Le regard des autres est difficile. Parce qu’il est je trouve de plus en plus analytique et ce n’est pas du tout ce que je cherche à donner à travers mes peintures. J’ai peu exposé jusqu’ici… peut-être parce que ma peinture était devenue une activité égoïste… Je peignais pour moi et en dénonçant l’égoïsme ambiant, j’étais entrée dans le même moule au bout du compte ! Là, j’en sors. Oui, maintenant il y a chez moi une volonté de partage qui prime. ➢ Comment ton œuvre est-elle reçue ? C’est difficile ! (rires) C’est comme devant la souffrance, en général, certains détournent le regard. Il y a un sentiment qui s’apparente au rejet, souvent. Sûrement parce que ma peinture est –me semble-t-il, très expressive. Tout le monde n’a pas un regard bienveillant ; il m'arrive de déceler non pas du dégoût mais du mal-être chez les gens qui voient mes toiles. Mais maintenant je peux tout à fait l’affronter puisque c’est précisément cela que je souhaite transmettre à travers ma peinture. Et puis ça me fait sourire aussi, parce que ce genre de réaction me prouve que j’ai réussi à secouer ! ➢ Tu as eu des moments de renoncement ? Après les Beaux Arts, j’ai travaillé deux ans en Roumanie dans un orphelinat pour enfants handicapés, puis 10 ans avec des autistes psychotiques ici au Luxembourg. Ce que je n’arrivais pas (à ce moment-là) à donner à travers mes peintures, je l’ai donné aux autres. Et puis il y a eu ce moment où je suis allée vers l’abstraction pure… Parce que le mal être que je percevais dans le regard de ceux à qui je montrais mes toiles me rendait triste. J’ai fini par peindre pour faire plaisir ! Et il m’a fallu quelques années pour m’avouer que ça m’entraînait dans une voie qui n’était pas la mienne. Ca m’a enfermée. J’avais besoin d’autre chose et j’ai tourné la page. ➢ Il reste quoi de cette période ? J’ai détruit mes tableaux. Ils étaient à mes yeux complètement vides, seulement empreints d’une profonde immaturité artistique ! ➢ Tes toiles expriment une vraie souffrance… Oui. ➢ La tienne ? Tu sais je crois qu’on ne peut donner à voir que des sentiments que l’on a soi-même éprouvés. Mais la souffrance que je peins n’est pas la mienne. Je peins la souffrance d’une humanité que je ressens autour de moi. Celle de mon voisin malheureux, d’une petite vieille dans la rue, d’une image vue à la TV. En général, ça attriste les masses pendant deux minutes et elles passent à autre chose. On vit dans un monde de plus en plus nombriliste… ➢ Tu peins pour choquer ? Aussi, oui. Je peux passer des jours sur un visage. Parce que ça n’est pas le visage que je peins ; c’est l’expression. Chacun de mes personnages est unique et je veux qu’il touche. Je veux que chacun puisse se reconnaître en lui, y reconnaître un ami, un passant même. Accepter de voir, sans voile, ce qui se cache derrière de jolis sourires de convention… ➢ Et pourtant tu peins des foules… Oui, mais des foules d’individus. Ils sont ensemble. Un mot qui a perdu beaucoup de son sens et qui moi me touche. Nous sommes un tout, je crois. Et pourtant, chacun de mes personnages me parle. Je suis dans l’empathie totale avec lui, comme je le suis avec le monde qui nous entoure. Nous devrions tous réapprendre à l'être. ➢ Ces individus, ce sont des femmes ? Pour la plupart. Mais il y a aussi pas mal de personnages asexués. Peut-être parce que les plus grandes injustices sur cette planète touchent les femmes et que ça ne secoue personne. On pourrait développer mais je ne veux pas de l’étiquette féministe. Les femmes n’ont pas le monopole de la souffrance. Une citation de Nietzsche me revient souvent quand je peins : "Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse"… Je m’y efforce à chaque coup de pinceau ! ➢ Géraldine Castelain : optimiste ou pessimiste ? Réaliste. ➢ Ton futur ? Peindre. Et puis une expo, j’espère ! Je suis en contact avec des galeristes pour essayer de monter quelque chose. Avec LeRideau.fr je fais un nouveau pas en avant. Mais je suis prête ! INTERVIEW REALISEE PAR VALERIE BAHEUX POUR "lerideau.fr"

Aucun commentaire: